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Black Crow 26 : quand l'armée de l'Air éteint le GPS

24 septembre 20269 min de lecture129 vues
Black Crow 26 : quand l'armée de l'Air éteint le GPS

Et si demain, vos GPS ne fonctionnaient plus ? C'est par cette question que l'armée de l'Air et de l'Espace a annoncé, le 21 septembre 2026, le lancement de Black Crow 26. Pendant dix jours, près de 300 militaires de six nations s'entraînent au-dessus du Massif central à combattre dans un ciel où le GPS ment et où la radio grésille.

Brouiller, leurrer, perturber : voici ce qu'un futur pilote doit retenir de l'exercice de guerre électronique conduit par le CEAM.

300
militaires
6
nations
10
jours, du 21/09 au 01/10
3e
édition depuis 2024

Un exercice qu'on ne voit pas depuis le sol

Des Rafale, un AWACS E-3F, des A400M, des drones Reaper, des hélicoptères et des F-16 belges et marocains évoluent dans un environnement électromagnétique volontairement dégradé : brouillage des communications, leurrage des capteurs, perturbation des signaux GPS. L'exercice est conduit par le CEAM, le Centre d'expertise aérienne militaire, depuis la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan.

L'objectif tient en une phrase de l'état-major : « s'entraîner à agir lorsque les communications, la navigation ou les capteurs sont mis à l'épreuve, et apprendre à s'adapter à cet environnement ». Rien de tout cela ne se voit depuis le sol. On aperçoit des avions, on n'aperçoit pas la bataille de fréquences qui se joue entre eux.

Le dispositif au sol de Black Crow 26 : camions-radars et postes de commandement

Le dispositif au sol de Black Crow 26 : camions-radars, tentes et postes de commandement. © Armée de l'Air et de l'Espace

La fiche d'identité de Black Crow 26

  • Dates : du lundi 21 septembre au jeudi 1er octobre 2026, de jour comme de nuit.
  • Lieu : Massif central et région Centre, avec un couloir très basse altitude vers Casteljaloux (Lot-et-Garonne).
  • Conduite : le CEAM, depuis Mont-de-Marsan.
  • Nations : France, Belgique, Maroc, Allemagne, États-Unis et, pour la première fois, Royaume-Uni.
  • Moyens aériens : Rafale, E-3F AWACS, A400M Atlas, MQ-9 Reaper, hélicoptères, F-16 belges et marocains.
  • Moyens au sol : brouilleurs, simulateurs de menaces sol-air, leurres.

Brouiller, leurrer, perturber

Le programme de l'exercice tient en trois verbes. Le brouillage noie le signal utile sous du bruit : la radio devient inaudible, le récepteur GPS perd ses satellites. C'est brutal, mais cela se détecte vite. Le leurrage est plus vicieux : il envoie de fausses informations qu'un radar ou un récepteur prend pour argent comptant. Une position erronée, un écho fantôme, une heure décalée, et l'adversaire se trompe de cible. La perturbation regroupe tout ce qui dégrade sans couper : liaisons de données intermittentes, capteurs saturés, GPS qui décroche par à-coups.

Brouillage (jamming)Leurrage (spoofing)
PrincipeNoyer le signal utile sous du bruitÉmettre un faux signal que le récepteur prend pour vrai
EffetPerte du GPS, radio inaudiblePosition, heure ou écho faux mais crédibles
DétectionFacile : le signal disparaîtDifficile, surtout sur les récepteurs civils
En une imageRendre quelqu'un sourdLui souffler des bêtises à l'oreille

« Voir sans être vu, communiquer sans être entendu, tout en privant l'adversaire de ses capacités. » Lieutenant-colonel Jonathan, CEAM, définissant la guerre dans le champ électromagnétique (avril 2026).

Qui vient chercher quoi

Chaque participant a un objectif précis dans ce ciel hostile. Le chasseur (Rafale, F-16) apprend à percer une bulle de défense sol-air en s'appuyant sur son autoprotection. L'AWACS E-3F apprend à détecter et à commander malgré les parasites. L'A400M apprend à naviguer et à se poser sans repères satellitaires fiables. Le drone Reaper apprend à tenir sa mission quand ses liaisons sont attaquées. Les hélicoptères apprennent à voler très bas dans un environnement contesté.

Les alliés, eux, viennent s'entraîner aux côtés des équipages français dans un domaine où chaque armée protège jalousement ses secrets : dévoiler la signature d'un brouilleur revient à offrir la parade à l'adversaire. Accepter de s'entraîner ensemble suppose un niveau de confiance que peu de coopérations atteignent. L'arrivée des Britanniques dans un cercle jusque-là réservé à Paris, Berlin et Washington n'a donc rien d'anecdotique.

Poste de commandement interallié pendant Black Crow 26

Poste de commandement interallié : la coordination de la manœuvre de guerre électromagnétique. © Armée de l'Air et de l'Espace

Comment on fabrique un ciel hostile

Pour simuler des menaces crédibles, la France ne part pas de zéro. Le Polygone de guerre électronique, installé à cheval sur la frontière franco-allemande depuis avril 1979, est un centre d'entraînement partagé avec l'Allemagne et les États-Unis. On y trouve des simulateurs de radars sol-air qui imitent les systèmes qu'un pilote redoute de croiser, et ses équipes se déploient sur le terrain avec leurs camions-radars.

Radar mobile de simulation de menace déployé pendant Black Crow 26

Un radar mobile de simulation de menace, indispensable pour recréer un environnement électromagnétique crédible. © Armée de l'Air et de l'Espace

L'armée de l'Air dispose en plus d'ARPEGE, un ensemble mobile de trois systèmes qui émettent le signal d'un radar de conduite de tir comme le ferait une vraie batterie, pour tester la réaction des équipages : manœuvre d'évitement, largage de leurres, brouillage. Le vrai SAMP/T Mamba joue aussi la menace, et de nombreux leurres compliquent le renseignement. Le tout est animé par la Weapons School du CEAM et coordonné par le Centre expert du combat collaboratif, qui construit des situations tactiques denses et mobiles.

Le saviez-vous ?

La programmation des systèmes d'autoprotection des avions (chasse, transport, hélicoptères) est confiée à l'EPIGE 07.330, escadron du CEAM basé à Mont-de-Marsan. Il a repris en 2024 les traditions de l'escadron électronique « Aubrac », dissous en 2004, et forme environ 200 stagiaires par an, y compris pour la Marine nationale et l'armée de Terre.

Simulateur de SA-8 du Polygone de guerre électronique

Un simulateur de SA-8 du Polygone de guerre électronique. Photo Mike-tango, CC BY-SA 4.0

De Black Crow 24 à Black Crow 26

2024 : la première édition

Du 27 mai au 7 juin, brouillage GNSS multi-constellations (GPS, Galileo, GLONASS, Beidou) centré sur le puy de Dôme : jusqu'à 320 km de rayon au niveau 150 et 160 km à 4 000 pieds, deux à trois heures par jour. Objectif : l'appui aérien en environnement brouillé. L'aviation légère, prévenue tard, avait grincé des dents.

2025 : la montée en puissance

Deux semaines en mai, « deux fois plus ambitieux », face à un système intégré de défense aérienne d'une quarantaine de systèmes sol-air réels ou simulés. Marine, armée de Terre, DGA et industriels rejoignent l'exercice. Pour le général Arnaud Gary, commandant le CEAM, « Black Crow pose les bases pour intensifier le volet guerre électronique des exercices majeurs ».

2026 : l'ouverture interalliée

Six nations, F-16 belges et marocains, drones et hélicoptères, activité de nuit et zones réglementées du sol jusqu'au niveau 295. Le Royaume-Uni rejoint le cercle.

Le général Arnaud Gary devant le patch de Black Crow 25

Le général Arnaud Gary, commandant le CEAM, devant le patch de Black Crow 25. © CEAM / ECAME

Pourquoi c'est devenu stratégique

La guerre en Ukraine a changé la donne : drones déroutés par brouillage, munitions guidées qui ratent leur cible faute de signal, GPS civils leurrés sur des centaines de kilomètres. La maîtrise du spectre électromagnétique n'est plus un avantage supplémentaire, c'est une condition préalable à toute action tactique.

L'armée de l'Air et de l'Espace a tenu son premier séminaire consacré au sujet le 9 avril 2025 à Taverny. Le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major, en a fait « un axe de développement stratégique », et le général Arnaud Gary a été nommé officier général chargé de la guerre dans le champ électromagnétique.

Les moyens suivent

  • Plus de 400 millions d'euros consacrés à la guerre électromagnétique dans la loi de programmation militaire actualisée.
  • Le Falcon Archange, futur avion de renseignement électromagnétique, a effectué son premier vol en juillet 2025.
  • En juillet 2026, un Rafale F4 a réussi un essai de combat collaboratif avec un drone porteur d'une charge de guerre électronique.

Et l'aviation civile ?

Un exercice de brouillage ne se fait pas en cachette. Le Service de l'information aéronautique a publié le 3 septembre le SUP AIP 194/26, qui crée des zones réglementées temporaires du 21 septembre au 1er octobre. La plupart commencent au niveau de vol 115, donc au-dessus du VFR de loisir. Seul un couloir très basse altitude, côté Casteljaloux, descend jusqu'au sol et gêne les vols à vue de jour, les 22 et 23 septembre. Le reste du temps, il n'est actif que la nuit.

Carte des zones réglementées temporaires de Black Crow 26

Les zones réglementées temporaires du SUP AIP 194/26. Carte aeroVFR d'après le SIA

Le conseil aux pilotes VFR

Surveiller le comportement du GPS pendant l'exercice et recouper avec la carte et les VOR. C'est exactement ce que l'on attend d'un pilote militaire : le GPS est un confort, pas un droit acquis. Navigation à l'estime, centrale inertielle et moyens radio-nav sol restent indispensables.

La vidéo de l'armée de l'Air

Trente-neuf secondes publiées le 21 septembre 2026 : camions-radars, consoles, poste de commandement interallié et patch de l'exercice. Cliquez sur l'image pour la regarder sur la page officielle.

Vidéo Black Crow 2026, armée de l'Air et de l'Espace ▶

À retenir pour vos sélections

  • Black Crow est l'exercice de guerre électronique de l'armée de l'Air et de l'Espace, conduit par le CEAM de Mont-de-Marsan, chaque année depuis 2024.
  • Trois verbes : brouiller, leurrer, perturber. Brouiller rend sourd, leurrer trompe.
  • 2026 : 300 militaires, 6 nations, dont le Royaume-Uni pour la première fois, du 21 septembre au 1er octobre, au-dessus du Massif central.
  • Le Polygone de guerre électronique (1979) associe France, Allemagne et États-Unis.
  • La guerre dans le champ électromagnétique est un axe stratégique de l'AAE depuis 2025.
  • Pour un pilote, le GPS peut disparaître : savoir naviguer sans lui fait partie du métier.
  • Ces connaissances se travaillent pour l'entretien et les épreuves de culture : voir le parcours de sélection EOPN.

Testez-vous

1. Qui conduit l'exercice Black Crow ?

Le CEAM, Centre d'expertise aérienne militaire, basé à Mont-de-Marsan (BA 118).

2. Quels sont les trois verbes du programme ?

Brouiller, leurrer, perturber.

3. Brouillage ou leurrage : lequel envoie de fausses positions ?

Le leurrage (spoofing). Le brouillage (jamming) se contente de noyer le signal.

4. Quelle est la nouveauté de l'édition 2026 ?

La participation du Royaume-Uni, avec des F-16 belges et marocains parmi les six nations.

5. Quels pays gèrent le Polygone de guerre électronique depuis 1979 ?

La France, l'Allemagne et les États-Unis.

Préparez vos sélections EOPN avec Devenez Pilote

Tests psychotechniques, culture aéronautique, simulateurs, entretien de motivation… Black Crow 26 rejoint les 16 autres exercices majeurs (Orion, Pégase, Poker, Red Flag…) de la fiche « Exercices » du guide EOPN, réservée aux membres. Découvrez la préparation complète aux sélections de pilote de l'armée de l'Air et de l'Espace.

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