Devenez-Pilote

Le 14 Juillet : histoire, origines et traditions de la fête nationale française

14 juillet 202612 min de lecture153 vues
Le 14 Juillet : histoire, origines et traditions de la fête nationale française

Chaque 14 juillet, la France célèbre sa fête nationale. Feux d'artifice, défilé militaire sur les Champs-Élysées, bals des pompiers... Mais que fête-t-on vraiment ce jour-là ? Derrière les festivités se cachent deux événements fondateurs de notre République, une histoire riche de plus de deux siècles, et des valeurs qui résonnent encore aujourd'hui.

Plongez dans l'histoire du 14 Juillet, de la prise de la Bastille à nos traditions actuelles.

Défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées
Le défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Élysées — le plus ancien et le plus grand défilé militaire régulier d'Europe.

14 juillet 1789 : la prise de la Bastille

L'été 1789 est marqué par une crise profonde. La France est au bord de la faillite, les récoltes ont été catastrophiques et le prix du pain atteint son niveau le plus élevé depuis le règne de Louis XIV. Les États généraux, convoqués à Versailles pour résoudre la crise financière, se sont transformés en Assemblée nationale constituante, défiant l'autorité royale.

Le 12 juillet, le renvoi du ministre des finances Jacques Necker — perçu comme un allié du peuple — met le feu aux poudres. Au Palais-Royal, le jeune journaliste Camille Desmoulins monte sur une table et appelle les Parisiens aux armes, brandissant un pistolet et une feuille de platane en guise de cocarde. Des troupes mercenaires étrangères campent autour de Paris, alimentant la peur d'une répression imminente.

Prise de la Bastille le 14 juillet 1789
La prise de la Bastille le 14 juillet 1789, tournant décisif de la Révolution française.

La journée du 14 juillet

Au matin du 14 juillet, les Parisiens se sont déjà armés en pillant les Invalides (environ 30 000 fusils). Ils se dirigent vers la Bastille, une forteresse médiévale devenue prison d'État, symbole de l'arbitraire royal. Ce n'est pas tant la libération de prisonniers qui les motive — la forteresse est quasi vide — mais les réserves de poudre et de munitions qui s'y trouvent.

La garnison est modeste : 82 invalides (soldats vétérans) et 32 soldats suisses sous le commandement du gouverneur Bernard-René de Launay. Plusieurs délégations tentent de négocier la reddition entre 10h30 et 13h30. Les pourparlers échouent.

Le bilan de l'assaut

  • 98 morts et 73 blessés parmi les assaillants
  • 7 tués parmi les défenseurs
  • Le gouverneur de Launay est massacré pendant son transfert vers l'Hôtel de Ville, sa tête exhibée au bout d'une pique
  • Le prévôt des marchands Jacques de Flesselles connaît le même sort

Seulement 7 prisonniers libérés

Contrairement à la légende, la Bastille ne contenait que sept prisonniers au moment de sa prise :

Les 7 prisonniers de la Bastille

  • Auguste-Claude Tavernier — enfermé depuis 30 ans pour tentative de régicide
  • Le comte de Whyte de Malleville — interné pour aliénation mentale
  • Le comte de Solages — incarcéré pour comportement criminel à la demande de sa famille
  • Quatre faussaires — détenus pour fabrication de fausse monnaie

La portée de l'événement est donc essentiellement symbolique : la Bastille représentait le pouvoir absolu du roi, les lettres de cachet et l'emprisonnement arbitraire. Sa chute marque, dans les esprits, la fin de l'Ancien Régime.

« Est-ce une révolte ? »

« Non, Sire, c'est une révolution. »

— Échange attribué entre Louis XVI et le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, au soir du 14 juillet 1789

Le saviez-vous ? L'entrepreneur Pierre-François Palloy entreprend la démolition de la Bastille dès le 15 juillet avec 800 ouvriers. Il transforme les chaînes de la prison en médailles patriotiques et les pierres en maquettes. La Fayette offre une des clés de la Bastille à George Washington — elle est toujours exposée à Mount Vernon aux États-Unis.

14 juillet 1790 : la Fête de la Fédération

Un an jour pour jour après la prise de la Bastille, un tout autre événement se déroule à Paris : la Fête de la Fédération. Là où 1789 était la révolte, 1790 est la réconciliation.

Dans toute la France, les gardes nationales se sont organisées en fédérations régionales. La première eut lieu à Lyon le 30 mai 1790. Le 14 juillet, c'est la grande fédération nationale qui se tient au Champ-de-Mars à Paris.

600 000
Parisiens présents
100 000
fédérés des provinces
83
départements représentés
300
prêtres pour la messe

Les préparatifs sont titanesques. Dès le 1er juillet, 1 200 ouvriers transforment le Champ-de-Mars en un immense cirque pouvant accueillir 100 000 spectateurs. L'atmosphère est exceptionnelle : ouvriers du faubourg Saint-Antoine, nobles, moines et bourgeois travaillent côte à côte, dans un élan d'unité sans précédent.

Le déroulement de la cérémonie

  • La Fayette prête serment en premier au nom des gardes nationaux : fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi
  • Talleyrand, évêque d'Autun, célèbre la messe entouré de 300 prêtres
  • Louis XVI jure de respecter la Constitution
  • La foule entière prête serment dans un moment d'émotion collective

Cette journée symbolise l'unité nationale, l'union fraternelle de tous les citoyens français. Une harmonie hélas éphémère — deux ans plus tard, la France bascule dans la Terreur et Louis XVI est guillotiné.

1880 : le 14 Juillet devient fête nationale

Il faudra attendre près d'un siècle pour que le 14 juillet devienne officiellement la fête nationale. Après la défaite contre la Prusse en 1870, la Commune de Paris en 1871 et des années d'instabilité, la IIIe République cherche à se consolider autour de symboles fédérateurs.

Le 21 mai 1880, le député Benjamin Raspail dépose une proposition de loi. Les débats sont vifs, notamment au Sénat : certains conservateurs jugent le 14 juillet 1789 « trop sanglant » pour être célébré.

C'est le sénateur Henri Martin qui tranche le débat : en évoquant la Fête de la Fédération de 1790, il propose une lecture apaisée de cette date, symbole d'« unité volontaire » plutôt que de violence.

21 mai 1880

Benjamin Raspail dépose la proposition de loi devant la Chambre des députés

8 juin 1880

La Chambre des députés adopte la proposition avec 64 signataires

29 juin 1880

Le Sénat approuve le texte après des débats animés

6 juillet 1880

Promulgation de la loi : « La République adopte le 14 Juillet comme jour de fête nationale annuelle »

Le texte de loi ne précise volontairement ni 1789 ni 1790. Cette « date à double acception » permet à chacun d'y projeter sa vision : la révolte légitime contre la tyrannie ou l'aspiration à l'unité nationale. Une ambiguïté voulue, un acte de génie politique.

La première fête nationale officielle se tient le 14 juillet 1880 avec une revue militaire à Longchamp. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent les drapeaux aux régiments. Le programme comprend défilés, banquets républicains, jeux populaires, bals, retraites aux flambeaux et feux d'artifice.

Le 14 Juillet à travers l'Histoire

Depuis 1880, le 14 juillet a traversé les grandes heures de la France, se réinventant à chaque époque :

1880-1914 — La Belle Époque

Les célébrations sont parmi les plus somptueuses que la France ait connues. Revues militaires grandioses à Longchamp, festivités populaires généralisées dans toute la France.

1915 — En pleine Grande Guerre

Le 14 juillet 1915 voit le transfert des cendres de Rouget de Lisle, auteur de La Marseillaise, aux Invalides. La fête exprime alors « la France en armes qui, dans l'union sacrée, se défend contre l'envahisseur ».

1919 — Le défilé de la Victoire

Célébration triomphale de l'armistice. Les maréchaux Joffre et Foch mènent le cortège. Mille mutilés de guerre défilent, symbolisant les sacrifices du peuple français. Le parcours Concorde-Étoile est transformé en « Voie Triomphale ».

1936 — Le Front populaire

Le 14 juillet devient le symbole de la victoire du Front populaire. Daladier y évoque « nos grands ancêtres qui conquirent le droit d'inscrire aux frontières françaises : Ici commence le pays de la Liberté ! »

1940 — L'Occupation

Le régime de Vichy réduit le 14 juillet à un jour de « recueillement », remplaçant Liberté-Égalité-Fraternité par Travail-Famille-Patrie. Depuis Londres, de Gaulle déclare : « Le 14 juillet 1940 ne marque pas seulement la grande douleur de la patrie. C'est aussi le jour d'une promesse. »

1945 — La Libération

De Gaulle proclame que c'est « plus que jamais fête nationale puisque la France y fête sa victoire, en même temps que sa liberté ». Trois jours de réjouissances mêlent célébrations militaires et civiques.

1989 — Le Bicentenaire

Jean-Paul Goude orchestre un spectacle grandiose sur les Champs-Élysées. Chefs d'État du monde entier assistent à la célébration du 200e anniversaire de la Révolution.

1994 — La réconciliation

Pour la première fois depuis 1945, des soldats allemands de l'Eurocorps défilent sur les Champs-Élysées, symbole puissant de la réconciliation franco-allemande.

Les traditions du 14 Juillet aujourd'hui

Le défilé militaire

Chaque 14 juillet, le défilé militaire sur les Champs-Élysées constitue le temps fort de la journée. C'est le plus ancien et le plus grand défilé militaire régulier d'Europe. Il débute par le survol de la Patrouille de France qui dessine le drapeau tricolore dans le ciel, suivi de la revue des troupes par le Président de la République.

Depuis les années 2000, des contingents militaires étrangers sont régulièrement invités : en 2007, les 27 pays de l'Union européenne défilaient ensemble ; en 2009, c'était l'Inde ; en 2010, 14 nations africaines.

Les feux d'artifice

Tirés dans toutes les villes et villages de France, les feux d'artifice sont le spectacle populaire par excellence du 14 juillet. Le plus célèbre est celui de la Tour Eiffel, un spectacle pyrotechnique d'environ 35 minutes qui attire chaque année entre 500 000 et 1 000 000 de spectateurs massés sur le Champ-de-Mars et le Trocadéro.

Les bals des pompiers

Tradition emblématique née dans les années 1930, les bals des pompiers se tiennent dans les casernes le soir du 13 juillet (et parfois le 14). Ouverts à tous et gratuits, ces bals sont devenus l'un des moments les plus attendus des festivités. On y danse, on y boit, on y fraternise — l'esprit de la Fête de la Fédération n'est pas loin.

Les autres traditions

Célébrations officielles et populaires

  • Allocution présidentielle — Le chef de l'État s'adresse traditionnellement aux Français
  • Promotion de la Légion d'honneur — L'une des deux promotions civiles annuelles est publiée le 14 juillet
  • Bals populaires — Bals musette, guinguettes et fêtes de quartier animent villes et villages
  • Retraites aux flambeaux — Défilés nocturnes dans les rues la veille du 14 juillet
  • Cérémonies aux monuments — Dépôts de gerbes devant les monuments aux morts dans chaque commune

Les deux visages du 14 Juillet

Le 14 juillet porte en lui une dualité fondamentale, celle-là même qui a permis son adoption en 1880 :

14 juillet 1789 14 juillet 1790
Nature Insurrection populaire Célébration nationale
Symbole La révolte contre la tyrannie L'unité de la Nation
Valeur La Liberté La Fraternité
Émotion La colère légitime L'espérance collective
Lieu La Bastille Le Champ-de-Mars
Acteurs Le peuple de Paris La France entière
Issue Chute d'une prison, début de la Révolution Serment collectif, rêve d'unité

C'est cette double signification qui fait la force du 14 juillet. Il nous rappelle que la liberté se conquiert — parfois dans la douleur — mais que l'unité nationale se construit — dans l'espoir et la fraternité. Deux faces d'une même médaille, indissociables dans l'histoire de France.

Ce que le 14 Juillet représente pour nous

Au-delà de la date historique, le 14 juillet incarne les valeurs fondamentales de la République française. C'est un symbole républicain au même titre que le drapeau tricolore, La Marseillaise ou la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Les valeurs portées par le 14 Juillet

  • La Liberté — La chute de la Bastille, symbole de l'arbitraire royal et des lettres de cachet
  • L'Égalité — Le peuple qui se lève et prend en main son destin
  • La Fraternité — La Fête de la Fédération, où nobles, bourgeois, ouvriers et religieux s'unissent
  • La souveraineté populaire — Le pouvoir appartient au peuple, non au monarque
  • L'unité nationale — « L'union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français »

Pour les futurs militaires et pilotes, le 14 juillet a une résonance particulière. C'est le jour où l'armée française défile devant la Nation, où la Patrouille de France trace le bleu-blanc-rouge dans le ciel de Paris, où chaque soldat, marin et aviateur incarne la promesse de protéger les valeurs pour lesquelles nos ancêtres se sont battus.

Vous rêvez de défiler un 14 Juillet ?

L'Armée de l'air et de l'espace, la Marine nationale et l'Armée de terre recrutent leurs futurs pilotes. Préparez vos sélections EOPN / EOPAN / ALAT avec Devenez Pilote et donnez-vous toutes les chances de réussir.

Découvrir nos préparations

Commentaires (0)

Laisser un commentaire